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Pourquoi on ne s’entend jamais avec nos belle-mères ?

Allez, venez. On va parler de la belle-famille.
Et plus précisément de la belle-mère. Parce que c’est souvent là que ça coince.

Vous avez accouché il y a 6 jours. Vous n’avez pas dormi plus de 2h d’affilée depuis. Vous portez des couches. Vous marchez encore comme un cowboy. Et votre belle-mère vous demande de venir passer 3 jours à la maison pour s’occuper de bébé.

Bienvenue au club des belle-mères reloues.

Vous vous êtes sûrement déjà demandé pourquoi toutes les belle-mères sont chiantes et envahissantes ? Non mais c’est vrai, on en parle toutes entre nous, à quel point notre BM est insupportable… Donc il y a forcément un truc, soit elles se sont toutes donné le mot, soit on peut trouver une autre explication ?

⚠️ Avant toute chose quelques précisions

Il s’agit de ma réflexion sur ce sujet, je ne prétends pas détenir la vérité absolue.

Je parle ici des relations entre belle-mère et belle-fille et je me focalise donc sur les relations mère / fils qui ont une dynamique particulière à cause de tous ces trucs chiants liés au conditionnement genré etc, partez pas, je vous explique ce que c’est juste après

Le but de l’article est d’expliquer et aucunement d’excuser des comportements irrespectueux et innommables.

Je tiens à préciser que toutes les belles-mères ne sont pas des monstres. Il y en a des formidables, qui savent respecter les limites. Mais ce n’est pas le sujet de cet article.

On va plutôt essayer de comprendre pourquoi ça déraille si souvent avec nos beaux-parents.

Il y a, à mon sens, 3 dimensions à prendre en compte pour l’expliquer :

  • 1️⃣Ça vient d’abord selon moi du conditionnement qu’on reçoit quand on naît, c’est à dire, l’ensemble des messages qu’on reçoit depuis l’enfance sur ce qu’on est censé être et qui finissent par façonner nos comportements sans qu’on s’en rende compte.
  • 2️⃣Il y a aussi une question générationnelle qui entre en ligne de compte.
  • 3️⃣Et enfin, et ça découle de cette dernière, la vision qu’on a des bébés et des enfants, comme étant un dû.

🏡 Une histoire de territoire

La première chose à comprendre, c’est celle-ci : la belle-mère et la belle-fille ont souvent été élevées de la même façon. C’est à dire que depuis toutes petites, on conditionne les femmes à prendre soin des hommes, et on conditionne les hommes dans l’idée que les femmes vont prendre soin d’eux. C’est selon moi, ce qui explique la quasi totalité des problématiques dans les relations entre belle-mère / belle-fille et le fils / mari au milieu.

Belle-fille et belle-mère ont toutes les deux appris à prendre en charge. Elles ont appris à s’occuper des autres, à anticiper, organiser, maintenir le lien familial. On leur a appris à materner : leur conjoint, leurs enfants, leur foyer. La société entière dit la même chose depuis des siècles : s’occuper de sa famille, s’occuper des enfants, c’est le rôle de la femme.

La sociologue Clotilde Lemarchant, dans ses travaux sur les relations entre belles-filles et beaux-parents, montre que les tensions tournent très souvent autour d’une question de territoire : qui s’occupe de quoi, qui a le droit d’intervenir, qui décide.

La première fois que j’ai rencontré ma belle-mère sud-africaine qu’on voit pendant 2/3 semaines une fois tous les 2 ans, elle a été très claire avec moi : c’est mon moment, celui où je peux materner mon fils, j’en ai besoin, j’aime ça.

Et je pense qu’elle m’a confié tout haut, ce que beaucoup ressentent tout bas.

La (belle) mère a materné son fils pendant des années, parfois des décennies. Parfois même après qu’il a quitté la maison… (et oui on connaît toutes au moins un mec qui rentrait encore faire sa lessive chez maman à 28 ans).

Quand la belle-fille arrive, il faudrait lâcher du lest. Il faudrait laisser de la place. En fait, il faudrait renoncer à un rôle qui était le sien depuis si longtemps, et qui parfois, était toute notre identité.

C’est difficile, pour n’importe qui. Et certaines n’y arrivent pas et voient alors l’autre femme comme une menace.

Quand la belle-fille débarque dans la famille, elle arrive avec des conditionnements similaires.
Elle aussi a appris à prendre en charge. Ça va même plus loin : non seulement c’est ce qu’elle a appris, mais c’est aussi ce qu’on lui impose, elle n’a pas le choix. C’est elle qui doit gérer les « oublis » de son conjoint (oubli de faire la vaisselle, oubli de préparer à manger, oubli de lancer une machine ahem), c’est elle qui doit rester à la maison pour s’occuper des enfants, c’est elle qu’on appelle et qu’on interrompt au travail quand ils sont malades.

Elle remplit donc désormais (par choix ou non d’ailleurs) ce rôle duquel la BM a tant de mal à se détacher. Elle empiète sur son espace, sur son territoire.

« Elle a pleuré quand je lui ai dit d’arrêter de dire que mon bébé était son bébé »

Mais le gros problème, c’est que la BM continue de vouloir materner son enfant oui, mais un enfant qui est désormais devenu adulte. Et quand un bébé arrive, elle peut même étendre cette logique à lui aussi. Un enfant qui, lui, n’est pas le sien.

⚠️ Témoignage

« Ma belle mère prenait ma fille de 1 mois dans ses bras en disant que c’était SA petite fille, la fille de SON fils et qu’un jour ELLES seraient heureuses, sans la vilaine maman…. Elle m’a tout reproché, le fait de vouloir allaiter, le fait de rater mon allaitement, le fait de reprendre le travail, celui de ne pas vouloir la laisser un weekend alors qu’elle avait un mois… J’ai coupé les ponts. Mon copain et ma fille la voient encore mais moi c’est terminé, plus jamais. »

👶 L’enfant, nouveau terrain de bataille

Quand un bébé arrive, souvent, les conflits s’intensifient.

Pour la belle-mère envahissante, ce bébé est la progéniture de son fils. Par extension, dans sa logique à elle, c’est un peu son enfant aussi. Elle a envie d’être là… et de le materner (ça peut aussi être le cas dans la filiation maternelle). Certaines pètent littéralement les plombs et s’approprient alors le bébé de leur fils et de leur belle-fille.

Sauf que ce n’est pas du tout son rôle. D’ailleurs, pour la belle-fille, la réponse est souvent instinctive et immédiate : Non. C’est MON enfant à moi.

« Elle a voulu nous mettre de force à l’hôtel à J+5 de mon accouchement pour pouvoir garder bébé une semaine (et en plus j’allaitais) »

Lemarchant l’explique très bien : les désaccords entre belles-filles et belles-mères portent très souvent sur les petits-enfants : les visites, les conseils, les cadeaux, les choix éducatifs. Autrement dit, sur tout ce qui touche à l’enfant.

De nombreuses belles-mères en viennent à avoir des comportement extrêmement déplacés et irrespectueux :

  • 💬« Ma belle-mère aurait voulu choisir elle-même le prénom de notre bébé »
  • 📸« Elle a posté des photos de notre bébé sur les RS alors qu’on venait de lui dire qu’on ne voulait pas »
  • 🗣️« Elle dit à tout le monde que je lui interdit de voir son petit-fils alors que c’est faux »
  • 🚪« Elle rentre chez moi sans autorisation pour voir SA petite-fille »
  • 📷« Depuis que mon fils est né je ne suis plus invitée sur les photos de famille »
  • ✂️« Elle a coupé les cheveux de ma fille de 18 mois sans nous demander et elle ne voyait pas le problème »
  • 🤱« Elle me prenait mon bébé des bras sans jamais me demander »
  • 👩« Elle « se trompe » souvent en s’appelant maman avec mes enfants »

« Elle m’a dit qu’il serait temps de couper le cordon alors que bébé avait 7 jours »

Cette dernière me fait doucement sourire, venant d’une personne qui, à priori, n’a elle-même pas réussi à couper le cordon avec son enfant… qui est désormais adulte.

🚧 Des limites rarement respectées

La génération de nos mères a grandi dans une culture où on ne remettait pas en question les anciens. Où le statut de belle-mère conférait une certaine autorité. Où on obéissait, même quand ça nous coûtait. Il y avait une hiérarchie à respecter. Peu importe qu’ils aient tort ou raison d’ailleurs, ce n’était pas le sujet, vu qu’ils étaient plus âgés, on écoutait.

Notre génération est en train de rompre avec ces schémas-là. C’est perçu comme de l’ingratitude, alors qu’on est en train de se libérer.

Alors maintenant, face à cette jeune génération de belles-filles qui disent non (qui refusent les visites à la maternité, qui posent des règles et des limites, qui font les choses différemment)… il y a une incompréhension profonde des belles-mères qui se perçoivent, elles, toujours plus haut dans la hiérarchie.

Ainsi, pourquoi devraient-elles respecter les limites qu’une petite m*rdeuse tente de leur imposer ?

Ces désaccords, ces comportements irrespectueux, ces limites franchies ont tous un point communs : ils sont une remise en question permanente de votre légitimité en tant que mère et conjointe.

🏥 La question des visites à la maternité

C’est un exemple que je trouve particulièrement parlant : la visite à la maternité.
Pendant longtemps, c’était une évidence. On accouchait, la famille débarquait. On vous conseillait même d’avoir du maquillage dans votre trousse de maternité pour être présentable à l’accueil des visiteurs.

C’est lors de l’épidémie de Covid que les visites à la maternité ont été interdites. Et si pour de nombreuses femmes les visites sont les bienvenues, pour beaucoup d’autres, c’est moins le cas. Lors de cette interdiction, beaucoup de femmes se sont rendu compte que c’était en fait… bien. Reposant. Que ce cocon à trois, dans les premières heures et les premiers jours, c’était quand même vraiment cool.

Depuis, de plus en plus de femmes disent non aux visites. Et ça, pour beaucoup d’anciens, c’est vécu comme un rejet. Ça passe moyen moyen.

Cette rupture avec les croyances de nos parents, elle est très difficile à faire accepter.

🎁 Un bébé n’est pas un dû

Il y a une troisième dimension qui complique encore un peu plus tout ça : la façon dont certaines personnes, dans cette génération, perçoivent encore les enfants et les petits-enfants comme un dû, comme des poupées qui sont là pour assouvir leurs besoins émotionnels.

Il y a encore cette idée un peu trop répandue que voir le bébé, le tenir, être présent à la naissance, passer les fêtes ensemble, et bien c’est automatique, c’est acquis et c’est dû à la famille.

« Elle se plaint que mon bébé dort trop et qu’elle ne peut pas le voir éveillé »

Sauf que non. C’est aux parents de décider qui entre dans leur bulle, quand, et à quelle fréquence.

Et d’ailleurs, cette idée qu’un bébé est un dû… C’est probablement ce qui fait que ces mères n’arrivent pas à se détacher de l’emprise qu’elles ont sur leur propre progéniture. Il leur appartient à elles, pas à une autre femme.

👨 Et le partenaire dans tout ça ?

Il est au milieu et il ne comprend pas toujours la nature de ces conflits puisque pour lui c’est normal qu’on s’occupe de lui. Il est écartelé entre ces deux femmes qui l’aiment.
Sa mère s’est occupée de lui pendant des années. Sa compagne partage son quotidien, sa vie intime, et parfois même son enfant. Il y a de l’amour des deux côtés, mais quand l’un des deux déborde et devient intrusif, ça ne devrait pas autant poser problème de poser des limites claires avec sa famille d’origine.

⚠️ Là où ça se cristallise

C’est là que beaucoup de tensions se cristallisent. Pas entre la belle-mère et la belle-fille directement, mais dans l’incapacité du partenaire à prendre position. Sa capacité à dire à sa famille : on fait comme on décide, et c’est notre foyer.

Ce n’est pas facile… mais c’est pourtant nécessaire. On ne devrait jamais laisser sa conjointe se faire manquer de respect sous ce prétexte un peu lâche « qu’on ne comprendrait pas vraiment ce qui se passe ».

💜 Conclusion

Votre belle-mère est insupportable parce qu’on lui a appris à se méfier de vous, que vous étiez une menace. Ce conflit, il n’est pas du tout dans votre tête, vous n’exagérez pas. Et c’est totalement normal de ne pas accepter des comportements qui bafouent et remettent en question votre rôle de jeune mama.

Ce n’est pas vous qui avez un problème avec votre belle-mère. C’est un système entier qui vous a mises en compétition… et à priori elle a décidé de se la jouer Usain Bolt.

📚 Sources
  • Clotilde Lemarchant, Belles-filles : avec les beaux-parents, trouver la bonne distance, Presses Universitaires de Rennes, 1999.
  • Clotilde Lemarchant, « Belle-mère et belle-fille : la bonne distance ».

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